Devies-Gervasutti à l'Ailefroide
11 août 2006
Allo Laurent, qu'est ce que tu fais ce WE?
Bah je bosse, c'est une grosse semaine là....
Parcequ'avec julien on va faire la Devies-Gervasutti à l'Ailefroide
OK je bosse plus, je viens avec vous.....
Depuis le temps qu'on en parlait de cette course, nous voilà enfin décidés à bouger nos fesses de la tarantaise.....et puis si on se bouge pas on la fera jamais cette course engagée, alors c'est décidé, ce sera ce WE.
Partis à 4 donc, avec Denis qui à un moment me confira "je sais pas si plus tard je re-ferai ce genre de course...." faut dire qu'à quasi 60 ans, se lancer dans un projet comme ça faut avoir le moral: chapeau!!!!
1er bivouac au col de Coste Rouge: cela ne ressemble en rien à la dernière fois qu'on est passé là avec julien, c'est tout sec!!!!
Arrivés au bivouac, là je comprends qu'il y en a 1 qui va devoir faire un sacrifice: il n'y a que 3 places confortables......
Droit d'ainesse, on place Denis à la meilleure place, puis vient les comptes des âges, et force est de constater que le gamin du groupe, bah c'est moi......du coup je me paie la demie place que j'arrive tant bien que mal à me confectionner. Conclusion: il faut absolument que je trouve un plus jeune que moi pour partir en montagne.....

Bivouac au col de coste rouge....

La voie est quelque part au beau milieu de cette magnifique muraille de plus de 1000m de haut....là on se dit: "ah ouais, qd même!!!!, ça en jète"

On pinaille pour trouver l'attaque (j'ai l'habitude!!), et la première partie se déroule sur un super rocher, principalement en dalle, qui se grimpe bien en grosse, IV+ max.
Ensuite c'est la traversée du couloir, 1er passage exposé aux chutes de pierres. On essaie de courrir dans ce passage, mais l'escalade n'est pas évidente. Puis 3-4 longueurs plus faciles nous mènent au pied du pilier central, là où commence l'escalade plus dure.

Au pied du pilier central, on met les chaussons, décidons de nous la jouer Big Wall et grimpons sans le sac que nous hisserons une fois en haut. Derrière moi Denis se bat dans le 5sup qui avec le sac est très athlétique.

En haut de la 2ème fissure en 5: que c'est agréable de grimper sans le sac, mais que c'est chiant de le hisser par la suite.....Tout en bas: l'attaque.

Toujours ds le pilier central, une escalade toujours sur un bon rocher, souvent aérienne, mais tout le temps ventée!!!!! il commence à faire pas chaud ds ce pays.....

1 dernière magnifique fissure pour finir ce beau pilier, 5+. S'en suit la zone de dalle, partie qui m'inquiétait un peu.....

Julien et Denis sont déjà dans la dalle. J'entends Julien qui dit "putain, c'est où, y'a rien comme piton, le rocher est pourri......"euh julien, tu me lances un bout?
C'est pour moi le passage le plus exposé de la voie, on a pas trop essuyé des chutes de pierres comme expliquait le topo, mais c'est du gros 5+, quasi pas équipé, sur 120m de haut, plein gaz, pas facile à protéger.....et dire qu'ils ont ouvert cette voie en 1936!!!!

Toujours dans les dalles.....

Les dalles toujours......
La suite est un peu moins engagée, mais pas plus facile non plus......Julien expose dans un passage ou franchement même avec des spits je sais pas si je serai passé!!!! je décide de prendre un dièdre pourri sur la droite, mais plus facile.....puis 4 longueurs suivantes.....on arrive dans la dernière portion, celle des cheminées qui peuvent être très délicates en fonction de la glace.
Laurent fait le début, je le rejoins, c'est dur,ma cheville commence à me faire mal et j'ai du mal à grimper, la fatigue aidant, le froid etc.....tant pis, je lui sors: tu veux pas finir la cheminée devant?, j'suis vané et ma cheville me lance......
Et cet enfoiré me répond: T'es fou!!!! je me suis mis le gros combat dans cette longueur, j'en peux plus non plus, j'ai les bras en compote......RRRRRRRRRR
Du coup il me botte le cul et j'y vais, puisqu'il faut bien avancer.....finalement la longueur passera bien, elle est pas bcp verglacée et y'a bcp de piton qui permettent une escalade pas trop exposée lors de la traversée.....mais il fait de plus en plus froid....

Laurent me rejoins dans la traversée en 5 sous le toit, entre temps il a mis la doudoune, je rêve d'en faire autant!!!!!!
Il tire ensuite une longueur facile, plus on monte, plus ça souffle.....derrière lui je vois une rampe en 1b+, et à droite un dièdre en rocher pourrave verglacé en IV+. C'est par là qu'il me dit, alors j'y vais sans même regardé le topo que je n'avais plus de toute façon, j'ai des glaçons à la place des mains, c'est pas grave, c'est du IV, ça doit passer même sans les mains.....
Me voilà au 2/3 du dièdre, gros vent au programme, estimé à 80km, sans gant c'est le gros combat dans ce IV+, je prends la glace comme prise, de toute façon je sens plus mes mains dc je ne sais même plus ce que je tiens, j'essais de grimper sur les pieds, que je ne sens plus trop non plus!!! fait un traversée un peu au culot, genre ça passe ou ça casse......sauvé, me voilà un peu plus à l'abri du vent, vite j'enfile mes gants et ma doudoune, la nuit pointe son nez, le sommet est devant moi à 5m, on a réussi!!!!!
Je fais monter Laurent qui me sors, "putain c'est dur....."
J'apprendrai le lendemain que julien et denis sont passé par la vire en 1b+ et que c'était tranquille.....
Laurent bascule de l'autre côté de l'arête, je prie pour qu'on puisse bivouaquer confortablement parce que là où je suis y'a pas moyen!!!!!
Il se retourne et me dit tout sourrire: "Ouais c'est top là, en plus on est à l'abri du vent"......OUF!!!!!
Pas de trace de nos 2 autres compères, ils ont dû filer devant, avec 1/2h d'avance ils ont dû entammer la descente.....
Fier d'être au sommet, et surtout heureux d'être à l'abri du vent, avec Laurent on reprend le sourrire, préparons notre petit bivaouc à 3956m, mangeons notre 2ème repas lyophilisé, au menu blanc de poulet au curry, mmm..... un régal, que c'est bon de manger chaud. Nous pronostiquons notre arrivée à la voiture vers les 13h.
OUI MAIS, parce que forcément y'a un MAIS, nous voilà réveillé au beau milieu de la nuit par....la neige!!!!
Résultat, on part le matin avec 5 à 20cm de neige sur une arête bien effilée, avec 20m de visibilité, le vent toujours présent sur le fil, et plein de couloir à notre disposition: mais lequel choisir?

Réveillés par la neige.....euh, c'était pas bien prévu ça!!!!!

Notre matos, figé, remarquez l'intelligence de celui qui a mis son casque à l'envers, il sera plein de neige.....

Et nous voilà partis pour la descente....traversée d'arête, desescalade rendue quasi impossible à cause de la neige, rappels successifs en se demandant bien à chaque fois où est-ce que ça va nous mener, puis de nombreuses heures plus tard nous voilà sur le glacier, où il faudra là aussi chercher notre itinéraire dans la voie normale, un petit oubli de piolet dû à un manque de lucidité, puis l'arrivée au refuge à 19h00, le temps de manger un coup, boire un coca, puis c'est reparti pour retrouver Julien et Denis qui nous attendent depuis le milieu d'après-midi.....
Conclusion en un seul mot: DEMENT.........à refaire, mais pas tout de suite, le temps de me réchauffer les pieds....